Évolution du marché : Confiseries (CN 170490) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier CN 170490 couvre un ensemble large de confiseries sans cacao — des gommes gélifiées aux caramels, en passant par le chocolat blanc, les dragées, les bonbons de sucre cuit, les pastilles pour la gorge et les fondants ou massepains. Sur la période 2015–2025, les échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde dans ce secteur ont connu une dynamique remarquable : la valeur des exportations a quasiment doublé (+96 %), l'excédent commercial a franchi le seuil des 1,9 milliard d'euros et la production européenne a progressé de 60 % en valeur. Ce rapport met en lumière trois grandes tendances qui structurent cette décennie : l'accélération de la puissance exportatrice de l'UE, la diversification géographique de ses approvisionnements, et la restructuration de l'offre vers des segments à plus forte valeur ajoutée.
1. Une puissance exportatrice en pleine expansion
1.1 Des exportations dopées par la hausse conjointe des volumes et des prix
Entre 2015 et 2025, les exportations de confiseries de l'UE vers les pays tiers ont presque doublé en valeur, passant de 1,38 milliard à 2,71 milliards d'euros (+96,3 %). Cette progression repose sur un double moteur : une hausse des volumes exportés de 29,7 % (de 422 339 à 547 749 tonnes) et une augmentation du prix moyen à l'export de 51,3 % (de 3 274 à 4 955 EUR/t). La composante prix, qui représente plus de la moitié de la croissance en valeur, témoigne d'une montée en gamme significative des exportations européennes.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations — valeur (M EUR) | 1 383 | 2 714 | +96,3 % |
| Exportations — volume (t) | 422 339 | 547 749 | +29,7 % |
| Exportations — prix moyen (EUR/t) | 3 274 | 4 955 | +51,3 % |
| Importations — valeur (M EUR) | 412 | 754 | +82,8 % |
| Importations — volume (t) | 111 354 | 176 045 | +58,1 % |
| Importations — prix moyen (EUR/t) | 3 702 | 4 281 | +15,6 % |
| Solde commercial (M EUR) | 971 | 1 961 | +102,0 % |
Les importations ont elles aussi fortement progressé (+82,8 % en valeur), mais à un rythme inférieur aux exportations. Il est notable que le prix moyen des importations n'a augmenté que de 15,6 % (de 3 702 à 4 281 EUR/t), contre 51,3 % pour les exportations : cet écart croissant suggère que l'UE exporte des produits à valeur plus élevée tout en important des confiseries à prix plus compétitif.
1.2 Un excédent commercial qui se consolide
L'Union européenne est un exportateur net structurel dans ce secteur, et cette position s'est considérablement renforcée sur la période. Le solde commercial a doublé, passant de 971 millions d'euros à 1,96 milliard (+102 %). Le taux de dépendance nette aux importations — indicateur dont la valeur négative traduit un excédent — est passé de −7,6 % à −25,0 %, confirmant l'ancrage de l'UE comme plateforme exportatrice majeure de confiseries.
1.3 Une production en hausse, portée par les grands pays confiseurs
La production européenne a progressé de 29,9 % en volume (de 1,91 à 2,49 milliards de kg) et de 60,5 % en valeur (de 6,1 à 9,8 milliards d'euros). La croissance de la valeur, deux fois plus rapide que celle du volume, confirme la dynamique de montée en gamme. L'intensité commerciale a bondi de 12,6 % à 31,9 % et la propension à exporter de 10,0 % à 27,1 %, signe que l'industrie confiseuse européenne s'internationalise fortement.
Au sein de l'UE, l'Allemagne domine nettement : elle représente à elle seule 752 millions d'euros à l'export en 2025 (+92,6 %) et 155 millions à l'import (+31,9 %). L'Espagne (+126 % à l'export, à 416 M EUR) et la Belgique (+170 %, à 401 M EUR) sont les deux autres moteurs de cette croissance. Les pays les plus spécialisés dans ce secteur sont le Danemark (RSCA = 0,33), la Belgique (0,33) et la Pologne (0,21).
2. Diversification des approvisionnements et repositionnement géographique
2.1 Une concentration des importations en net recul
L'un des changements structurels les plus marquants de la période est la désagrégation de la concentration des approvisionnements de l'UE. L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) appliqué aux importations en valeur a chuté de 2 533 à 1 379 (−45,6 %), passant d'un niveau modérément concentré à un marché nettement plus diversifié. En volume, la baisse est du même ordre (−32,5 %). À l'opposé, la concentration des exportations est restée remarquablement stable (HHI de 1 319 à 1 369, soit +3,8 %), ce qui traduit un modèle d'exportation déjà diversifié et peu modifié.
2.2 L'essor de nouveaux fournisseurs : Ukraine, Turquie et Chine
La recomposition géographique des importations s'observe principalement par l'émergence de trois partenaires majeurs et le recul d'un autre :
| Partenaire | Imports 2015 (M EUR) | Imports 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 185,6 | 171,9 | −7,4 % |
| Suisse | 70,9 | 114,3 | +61,2 % |
| Turquie | 48,7 | 112,8 | +131,4 % |
| Chine | 25,0 | 107,0 | +328,0 % |
| Ukraine | 13,1 | 98,3 | +649,4 % |
| États-Unis | 10,4 | 28,3 | +172,4 % |
| Russie | 9,9 | 2,8 | −71,9 % |
L'Ukraine affiche la progression la plus spectaculaire (+649 %), passant de 13 à 98 millions d'euros. Cette dynamique s'inscrit dans le cadre de l'Accord d'association UE-Ukraine (en vigueur depuis 2016 pour la partie commerciale) et des mesures de libéralisation commerciale autonome adoptées à partir de 2022. La Chine (+328 %) et la Turquie (+131 %) ont également considérablement accru leurs parts, tandis que la Suisse (+61 %) confirme sa position de fournisseur stable.
En sens inverse, les importations en provenance de Russie se sont effondrées (−71,9 %), passant de 10 à 3 millions d'euros, dans le contexte des sanctions adoptées à partir de 2022. Les exportations vers la Russie, après un pic à 101 millions d'euros, ont reculé à 79 millions en 2025, sans s'effondrer totalement, ce qui peut refléter des échanges résiduels de produits non couverts par les sanctions.
2.3 Le Royaume-Uni : un repositionnement post-Brexit aux flux asymétriques
Le Royaume-Uni demeure le premier partenaire de l'UE dans les deux sens, mais de manière de plus en plus asymétrique. Côté importations, le Royaume-Uni a légèrement perdu de son importance (−7,4 %), passant de 186 à 172 millions d'euros, alors que les importations totales de l'UE ont crû de 83 % — sa part relative a donc nettement diminué. Côté exportations, en revanche, les flux vers le Royaume-Uni ont bondi de 85 % (de 422 à 783 millions d'euros), consolidant sa position de premier client de l'UE pour les confiseries.
Le coefficient de volatilité des exportations vers le Royaume-Uni reste le plus faible de tous les partenaires majeurs (CV = 0,065), ce qui en fait un client stable et prévisible malgré le contexte post-Brexit. En revanche, les échanges avec la Chine présentent une volatilité élevée (CV = 0,60), avec un choc de prix significatif détecté en 2021 (anomalie de 4,7 écarts-types, hausse de prix de 22,8 %), coïncidant avec les perturbations logistiques mondiales post-Covid.
3. Vers une confiserie européenne à plus forte valeur ajoutée
3.1 Les confiseries à base de gélifiants, moteur principal de la croissance
L'analyse des segments de produits révèle que les gommes et confiseries à base de gélifiants (CN 17049065) constituent de loin le segment dominant, tant à l'import qu'à l'export. En 2025, ce segment représentait 61 349 tonnes importées (+99 % par rapport à 2015) et 245 716 tonnes exportées (+62 %), en faisant le principal moteur de la dynamique commerciale. En valeur, les exportations de ce segment s'établissaient à 948 millions d'euros en 2025, soit plus du tiers du total.
| Segment — importations | 2015 (t) | 2025 (t) | Variation |
|---|---|---|---|
| Gommes et confiseries gélifiées (17049065) | 30 778 | 61 349 | +99,3 % |
| Fondants, massepain, nougat, etc. (17049099) | 22 490 | 34 517 | +53,5 % |
| Bonbons de sucre cuit (17049071) | 15 409 | 31 185 | +102,4 % |
| Caramels (17049075) | 15 464 | 20 838 | +34,7 % |
| Chocolat blanc (17049030) | 8 310 | 12 066 | +45,2 % |
| Dragées (17049061) | 6 742 | 5 636 | −16,4 % |
| Pastilles pour la gorge (17049055) | 4 263 | 3 433 | −19,5 % |
| Segment — exportations | 2015 (t) | 2025 (t) | Variation |
|---|---|---|---|
| Gommes et confiseries gélifiées (17049065) | 151 555 | 245 716 | +62,1 % |
| Caramels (17049075) | 70 054 | 84 359 | +20,4 % |
| Fondants, massepain, nougat, etc. (17049099) | 62 053 | 74 106 | +19,4 % |
| Chocolat blanc (17049030) | 37 257 | 53 716 | +44,2 % |
| Dragées (17049061) | 34 002 | 26 722 | −21,4 % |
| Pâtes et masses (17049051) | 31 216 | 27 818 | −10,9 % |
| Bonbons de sucre cuit (17049071) | 26 814 | 25 887 | −3,5 % |
Les bonbons de sucre cuit (17049071) présentent un contraste frappant : leur volume importé a doublé (+102 %), tandis que les exportations ont légèrement reculé (−3,5 %), suggérant un redéploiement partiel de la production vers le marché intérieur européen ou un changement dans les flux de sous-traitance.
3.2 Le chocolat blanc : un segment à forte volatilité et à valeur en explosion
Le chocolat blanc (CN 17049030) se distingue par une double dynamique de volatilité et de hausse des prix. Côté importations, les volumes ont connu un pic spectaculaire en 2018 (32 669 tonnes, contre 9 372 l'année précédente, soit +248 %), avant de se replier à 12 066 tonnes en 2025. Les prix moyens à l'import ont quasiment doublé sur la période (de 4 892 à 9 382 EUR/t, +92 %). Côté exportations, les prix ont encore plus fortement progressé (de 4 266 à 9 615 EUR/t, +125 %), tandis que les volumes augmentaient de 44 %. Ce segment incarne pleinement la tendance à la premiumisation : l'UE exporte du chocolat blanc à un prix unitaire moyen près de deux fois et demie supérieur à celui des gommes gélifiées.
La forte volatilité des importations de chocolat blanc (le volume oscillant entre 8 310 et 32 669 tonnes selon les années) pourrait refléter des stratégies d'arbitrage entre production intra-européenne et importation, ainsi que des effets de classification tarifaire sur un code résiduel qui englobe des produits variés.
3.3 Le recul structurel des dragées et des pastilles pour la gorge
À l'inverse de la dynamique générale, certains segments traditionnels sont en repli marqué. Les dragées (CN 17049061) ont vu leurs importations reculer de 16 % et leurs exportations de 21 % en volume — une double contraction qui tradit un déclin de la demande globale pour ce type de produit. Les pastilles pour la gorge (CN 17049055) accusent un recul de 19,5 % à l'import, avec une chute brutale en 2021 (3 190 tonnes, contre 5 918 en 2020) probablement liée à un effet de reconstitution de stocks après la pandémie. Le prix moyen à l'import de ce segment est resté très élevé (7 338 EUR/t en 2025), ce qui en fait la catégorie la plus chère du périmètre — cohérent avec son positionnement quasi-pharmaceutique.
En revanche, les caramels (+35 % en volume à l'import, +20 % à l'export) conservent une trajectoire de croissance modérée mais régulière, confirmant leur ancrage comme catégorie de confiserie de consommation courante.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des confiseries (CN 170490) a connu une transformation profonde à trois niveaux. Premier constat : l'Union européenne a renforcé sa position de puissance exportatrice, avec un excédent commercial doublé et une propension à exporter multipliée par 2,7, portée par un tissu industriel concentré en Allemagne, en Espagne, en Belgique et en Pologne. Deuxième constat : la structure des approvisionnements s'est considérablement diversifiée, avec l'émergence de l'Ukraine (+649 %), de la Chine (+328 %) et de la Turquie (+131 %) comme fournisseurs clés, au détriment de la Russie (−72 %), tandis que le Royaume-Uni se repositionne comme un client majeur (+85 % à l'export). Troisième constat : l'offre se restructure autour des confiseries à base de gélifiées — désormais segment dominant — et du chocolat blanc, un segment à forte valeur ajoutée, tandis que les dragées et les pastilles pour la gorge déclinent.
La hausse des prix moyens à l'export (+51 %), nettement supérieure à celle des prix à l'import (+16 %), confirme que l'industrie confiseuse européenne capte une valeur croissante sur les marchés mondiaux. En dépit d'une volatilité ponctuelle — notamment sur les flux en provenance de Chine et de la dynamique erratique du chocolat blanc — le secteur apparaît structurellement mieux positionné qu'en début de période pour affronter la concurrence mondiale.