Évolution du marché : Autres vitamines et dérivés (CN 293629) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 293629 couvre les vitamines et leurs dérivés utilisés principalement en tant que vitamines, non mélangés, à l'exclusion des vitamines A, B1, B2, B3, B5, B6, B12, C et E ainsi que de leurs dérivés (Scope & Definitions). Il s'agit d'un code résiduel regroupant des vitamines mineures — telles que la vitamine D, la vitamine K, la biotine, l'acide folique ou les caroténoïdes à activité vitaminique — qui jouent un rôle croissant dans les secteurs de la nutrition animale, des compléments alimentaires et de la pharmacie. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec le reste du monde pour ce produit a connu des transformations significatives : réduction du déficit commercial, redéfinition des partenaires clés, consolidation de certains pôles logistiques intra-européens et hausse de la production communautaire. Ce rapport analyse ces dynamiques en trois volets.
1. Un déficit commercial en nette réduction grâce à la dynamique des exportations
1.1. Le déficit se réduit de moitié entre 2015 et 2025
Le solde commercial de l'UE pour le produit 293629 est structurellement déficitaire, mais l'écart s'est considérablement resserré. En 2015, le déficit s'élevait à environ 236 millions d'euros ; en 2025, il n'est plus que de 108 millions d'euros, soit une amélioration de 54 % (General Overview).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 387,8 M€ | 317,6 M€ | −18,1 % |
| Importations (volume) | 21 999 t | 20 710 t | −5,9 % |
| Exportations (valeur) | 152,2 M€ | 209,3 M€ | +37,6 % |
| Exportations (volume) | 7 313 t | 10 315 t | +41,0 % |
| Solde | −235,6 M€ | −108,3 M€ | +54,0 % |
1.2. Des tendances opposées sur les prix à l'import et à l'export
L'évolution des prix unitaires révèle des trajectoires divergentes. Les prix à l'importation ont chuté de 17 322 €/t à 15 169 €/t (−12,4 %), reflétant probablement une pression à la baisse exercée par les fournisseurs asiatiques et un renforcement de la concurrence mondiale. En revanche, les prix à l'exportation de l'UE sont restés remarquablement stables, passant de 20 779 €/t à 20 222 €/t (−2,7 % seulement), ce qui suggère que l'UE exporte des produits à plus forte valeur ajoutée ou orientés vers des segments de marché moins sensibles aux prix (General Overview).
1.3. Une production communautaire en forte hausse
La valeur de la production intra-européenne (au sens Prodcom) est passée d'environ 1,58 milliard d'euros à 2,16 milliards d'euros sur la période, soit une hausse de 36,5 % (Market Structure). Cette croissance de la production locale contribue à expliquer la baisse des importations et la hausse simultanée des exportations : l'UE renforce progressivement son autonomie dans ce segment vitaminique.
2. Une réorientation géographique des échanges, à la fois avec le monde et au sein de l'UE
2.1. La Chine reste le premier fournisseur mais perd du terrain
La Chine demeure de loin le principal fournisseur extra-européen du produit 293629, avec 135,8 millions d'euros d'importations en 2025. Toutefois, cette valeur a reculé de 10,1 % par rapport à 2015 (151,1 M€). L'Inde, autre grand pays de production vitaminique, a connu la trajectoire inverse : ses exportations vers l'UE ont progressé de 32,0 %, passant de 32,3 M€ à 42,7 M€. La Suisse, quant à elle, a enregistré une hausse spectaculaire de 85,7 % (de 40,0 M€ à 74,3 M€), ce qui peut s'expliquer par des réexportations ou une intégration logistique croissante via des plateformes helvétiques (General Overview).
| Partenaire (importations) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 151,1 M€ | 135,8 M€ | −10,1 % |
| Suisse | 40,0 M€ | 74,3 M€ | +85,7 % |
| Inde | 32,3 M€ | 42,7 M€ | +32,0 % |
| États-Unis | 25,7 M€ | 31,6 M€ | +23,1 % |
| Royaume-Uni | 86,6 M€ | 9,7 M€ | −88,8 % |
2.2. L'effondrement des importations en provenance du Royaume-Uni et des territoires non spécifiés
Deux changements majeurs sont à noter. Les importations en provenance du Royaume-Uni se sont effondrées de 88,8 %, passant de 86,6 M€ à 9,7 M€. Ce déclin spectaculaire coïncide avec le Brexit (2020), qui a introduit des formalités douanières et des barrières non tarifaires entre le Royaume-Uni et l'UE. Parallèlement, les importations depuis les « pays et territoires non spécifiés » ont chuté de 37,1 M€ à quasi zéro (−100 %), ce qui indique une amélioration significative du reporting douanier européen au cours de la décennie (General Overview).
2.3. Des exportations vers les États-Unis et l'Algérie en forte progression
Côté exportations, les États-Unis sont devenus la première destination extra-européenne avec 44,2 M€ en 2025 (+78,9 % par rapport à 2015). L'Algérie affiche une progression encore plus spectaculaire : de 0,6 M€ à 8,1 M€, soit une multiplication par quinze (+1 322 %). En sens inverse, les exportations vers la Russie ont reculé de 39,8 %, probablement sous l'effet des sanctions et des restrictions commerciales liées au conflit ukrainien (General Overview).
2.4. Au sein de l'UE, le Pays-Bas consolide sa position de hub tandis que la France et l'Irlande reculent
La redistribution intra-européenne est frappante. Les Pays-Bas dominent tant à l'importation (127,2 M€, +32,1 %) qu'à l'exportation (65,1 M€, +23,2 %), consolidant leur rôle de plaque tournante logistique pour les vitamines en Europe. L'Italie émerge comme un acteur dynamique, avec des exportations multipliées par 2,3 (de 13,2 M€ à 30,3 M€). Le Danemark (+197,2 %) et la Belgique (+93,3 %) enregistrent également des hausses marquées à l'export (General Overview).
À l'inverse, l'Irlande a vu ses importations chuter de 90,7 % (de 75,2 M€ à 7,0 M€) et la France de 66,4 % (de 83,7 M€ à 28,1 M€). Ces déclins pourraient refléter des restructurations industrielles, des transferts d'activités logistiques vers les Pays-Bas ou des changements dans les chaînes d'approvisionnement des industries pharmaceutiques et agroalimentaires.
| Membre UE (importations) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 96,2 M€ | 127,2 M€ | +32,1 % |
| France | 83,7 M€ | 28,1 M€ | −66,4 % |
| Allemagne | 57,6 M€ | 44,9 M€ | −22,1 % |
| Irlande | 75,2 M€ | 7,0 M€ | −90,7 % |
| Italie | 9,4 M€ | 15,4 M€ | +64,2 % |
| Espagne | 7,3 M€ | 14,4 M€ | +98,7 % |
3. Une structure de marché plus diversifiée à l'export mais des vulnérabilités persistent
3.1. La concentration des importations reste élevée
L'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 2 786 à 2 781, restant pratiquement stable sur la décennie. Ce niveau, supérieur à 2 500, indique un marché d'importation modérément concentré, dominé par la Chine. En volume, la concentration a même augmenté de 51 % (de 2 515 à 3 796), signe que les flux physiques se concentrent davantage sur un nombre réduit de fournisseurs (Market Structure).
3.2. Les exportations se diversifient progressivement
À l'inverse, le HHI des exportations a baissé de 15,4 % (de 1 075 à 909 en valeur), et de 57,9 % en volume (de 715 à 1 129). Le marché d'exportation de l'UE est ainsi devenu plus diversifié, avec une répartition des ventes sur un plus grand nombre de destinations. Cela constitue un facteur de résilience face aux chocs géopolitiques ou économiques ponctuels (Market Structure).
3.3. Des chocs de prix ponctuels mais significatifs
L'analyse des chocs identifie trois événements notables sur la période (Volatility & Shocks) :
| Événement | Type | Année | Amplitude | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|
| Îles Féroé — exportations | Prix | 2018 | +4 545 % | négligeable |
| Iran — exportations | Prix | 2020 | +164,3 % | 6,0 % |
| Chine — exportations | Prix | 2022 | +79,1 % | 4,8 % |
Le choc sur l'Iran en 2020 (pic de prix à l'exportation de l'UE vers l'Iran) pourrait être lié aux effets des sanctions internationales et aux perturbations logistiques de la pandémie de COVID-19. Le choc chinois de 2022 coïncide avec les restrictions sanitaires prolongées en Chine, qui ont pu créer des pénuries temporaires et faire monter les prix des exportations de substitution depuis l'UE.
En matière de volatilité structurelle (coefficient de variation), les importations en provenance de Hong Kong (CV = 1,41) et de Russie (CV = 1,54) présentent les niveaux les plus instables, reflétant des flux irréguliers probablement liés à des opérations ponctuelles ou des réexportations (Volatility & Shocks).
3.4. Une dépendance aux importations qui se stabilise à un niveau modéré
Le taux de dépendance nette aux importations s'établit à 17,8 % en 2025, en légère hausse par rapport à 2015 (16,1 %). Ce niveau reste modéré, mais il masque des disparités : le minimum historique de la période n'a été que de 7,4 % (sans doute autour de 2020), tandis que le maximum a atteint 25,8 %. Parallèlement, l'intensité commerciale (part du commerce total dans la production + exportations) est passée de 58,0 % à 62,3 %, et la propension à exporter de 35,2 % à 39,3 %, ce qui traduit une ouverture croissante de l'économie européenne dans ce segment (Autonomy & Vulnerability).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des « autres vitamines et dérivés » (CN 293629) a connu une transformation en profondeur. Le déficit commercial a été réduit de moitié, porté par une hausse des exportations (+37,6 % en valeur) et un recul des importations (−18,1 %), le tout soutenu par une production communautaire en forte croissance (+36,5 %). Les flux se sont géographiquement réorientés : le Brexit a provoqué l'effondrement des échanges avec le Royaume-Uni, l'Inde et la Suisse ont gagné du terrain au détriment de la Chine, et au sein de l'UE, les Pays-Bas ont consolidé leur rôle de hub logistique tandis que la France et l'Irlande ont vu leur position s'éroder. Si la diversification des exportations progresse favorablement, la concentration des importations — toujours dominées par la Chine — constitue un facteur de vulnérabilité à surveiller. Les chocs de prix observés (Iran 2020, Chine 2022) rappellent que ce segment, bien que de taille modeste dans le commerce global de l'UE, n'est pas à l'abri de perturbations liées aux tensions géopolitiques et aux crises sanitaires.