Évolution du marché : Autres polymères du styrène (CN 390390) — 2015–2025
Introduction
Le code 390390 couvre les « Polymères du styrène, sous formes primaires » à l'exclusion du polystyrène classique, des copolymères SAN et des copolymères ABS. Il s'agit d'un code « résiduel » qui regroupe notamment le polystyrène bromé (39039020), le copolymère styrène-alcool allylique (39039010) et un ensemble de polymères divers (39039090). Sur la période 2015–2025, ce segment a connu des transformations significatives : un recul des volumes exportés malgré la hausse des prix unitaires, une restructuration géographique des flux commerciaux, et un choc de prix majeur en 2022. Ce rapport examine ces dynamiques en s'appuyant exclusivement sur les données de commerce intra-extra-UE fournies.
1. Une position d'exportateur net confirmée mais un excédent en recul
1.1 L'UE demeure structurellement excédentaire sur ce segment
Sur l'ensemble de la période, l'Union européenne a constamment exporté davantage qu'elle n'a importé en valeur sur le code 390390. En 2015, l'excédent commercial s'élevait à 246,1 millions d'EUR ; en 2025, il est ramené à 166,4 millions d'EUR, soit un recul de 32,4 %. Le pic d'excédent a été atteint en 2022 (347,5 millions d'EUR), année de forte inflation des prix des matières premières chimiques.
| Indicateur | 2015 | 2022 (pic) | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Exportations (valeur) | 441,8 M€ | 589,2 M€ | 379,3 M€ | −14,2 % |
| Importations (valeur) | 195,8 M€ | 288,2 M€ | 212,9 M€ | +8,7 % |
| Solde commercial | 246,1 M€ | 347,5 M€ | 166,4 M€ | −32,4 % |
1.2 Un effritement des volumes masqué par la hausse des prix
Les exportations ont perdu près de 30 % de leur volume sur la période (de 297 036 t à 208 454 t), tout en ne reculant « que » de 14,2 % en valeur. Cette différence s'explique par une hausse significative du prix moyen à l'exportation, passé de 1 487 EUR/t à 1 819 EUR/t (+22,3 %). Le pic de prix a été atteint en 2022 à 2 110 EUR/t. Ce mouvement suggère un effet de revalorisation tarifaire — probablement lié à la hausse des coûts de l'énergie et des intrants chimiques en Europe — plutôt qu'une dynamique de croissance réelle du secteur.
| Indicateur | 2015 | 2020 | 2022 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Volume exporté (t) | 297 036 | 324 731 | 280 426 | 208 454 |
| Prix moyen export (EUR/t) | 1 487 | 1 159 | 2 110 | 1 819 |
1.3 Un recul de l'autonomie nette malgré une production intérieure relativement stable
La production PRODCOM (code 20.16.20.90) en volume a progressé de 9,6 % (de 600 à 657 millions de kg) entre 2015 et 2025. Toutefois, sa valeur a chuté de 39,4 % (de 1,0 milliard à 606 M€), ce qui traduit une érosion des marges pour les producteurs européens. Parallèlement, le taux d'intensité commerciale est passé de 37,3 % à 81,5 % et la propension à exporter de 26,2 % à 74,9 %, signe que le secteur dépend de plus en plus des marchés extérieurs pour écouler sa production.
2. Une restructuration profonde des partenaires commerciaux
2.1 Le Brexit et les sanctions : deux ruptures géopolitiques majeures
Deux événements ont profondément redessiné la carte des échanges :
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Le Royaume-Uni : passé de 2ème partenaire à l'import (20,5 M€ en 2015) à un rôle marginal (6,5 M€ en 2025, −68,4 %). À l'export, le Royaume-Uni est passé de 75,5 M€ à 45,5 M€ (−39,7 %). L'effet du Brexit sur les formalités douanières et la relocalisation partielle des flux explique en grande partie cette contraction.
-
La Russie : les exportations vers la Fédération de Russie se sont effondrées de 27,8 M€ à 7,7 M€ (−72,3 %), en lien avec les sanctions européennes adoptées à partir de 2022.
2.2 L'Asie et le Moyen-Orient gagnent du terrain
À rebours des pertes européennes, plusieurs partenaires ont considérablement accru leur présence :
| Partenaire | Importations par l'UE (2015) | Importations par l'UE (2025) | Variation |
|---|---|---|---|
| Corée du Sud | 42,1 M€ | 71,1 M€ | +68,8 % |
| Chine | 6,0 M€ | 23,0 M€ | +279,6 % |
| Israël | 11,3 M€ | 18,0 M€ | +58,9 % |
| Türkiye | 3,9 M€ | 9,4 M€ | +141,9 % |
La Corée du Sud est devenue le premier fournisseur de l'UE sur ce segment en 2025, détrônant les États-Unis (45,5 M€, −40,4 %). La Chine a multiplié ses exportations vers l'UE par près de 4. Parallèlement, les exportations UE vers la Chine ont presque doublé (de 28,1 M€ à 54,9 M€, +95,5 %), faisant de la Chine un partenaire bilatéral de premier plan.
2.3 Une concentration géographique des importations en baisse
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur les importations en valeur est passé de 2 205 à 1 900 (−13,8 %), ce qui indique un processus de diversification des sources d'approvisionnement. Cependant, en volume, le HHI a augmenté de 27,3 % (de 1 740 à 2 214), révélant une concentration croissante des volumes importés sur un nombre réduit de fournisseurs. Cette divergence suggère que si les sources se diversifient en valeur (par l'arrivée de fournisseurs à prix plus élevés), les flux volumiques restent dominés par un petit nombre d'acteurs.
3. Un choc de prix massif en 2022 et des signaux de vulnérabilité
3.1 L'année 2022 : un pic d'instabilité tarifaire
L'analyse des chocs d'approvisionnement révèle trois événements majeurs concentrés en 2022 :
| Partenaire | Type de choc | Flot | Hausse de prix | Anomalie | Part en valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Chine | Prix | Import | +65,6 % | 128,2 | 7,7 % |
| États-Unis | Prix | Import | +38,8 % | 14,2 | 30,0 % |
| Israël | Prix | Import | +63,5 % | 12,9 | 12,0 % |
Ces chocs s'inscrivent dans le contexte de la crise énergétique post-Covid et du conflit russo-ukrainien, qui ont entraîné une flambée des coûts de production pétrochimiques à l'échelle mondiale. Le prix moyen à l'importation globale de l'UE sur le segment a culminé à 3 573 EUR/t en 2022, contre 2 490 EUR/t en 2015. En particulier, le prix du polystyrène bromé (39039020) à l'importation a atteint 8 138 EUR/t en 2022, un niveau plus de deux fois supérieur à son prix de 2015 (5 645 EUR/t).
3.2 Une volatilité hétérogène selon les partenaires
Les coefficients de variation sur les importations révèlent des disparités marquées :
- Très volatils : Iran (CV = 0,81), Mexique (0,73), Chine (0,67), Royaume-Uni (0,59), Russie (0,58)
- Modérément volatils : Japon (0,43), Turquie (0,33), États-Unis (0,36)
- Stables : Corée du Sud (0,16), Israël (0,18)
Du côté des exportations, les partenaires les plus volatils sont la Malaisie (CV = 0,57), l'Égypte (0,42) et l'Afrique du Sud (0,29), tandis qu'Israël (0,15) et le Royaume-Uni (0,17) présentent des flux relativement stables.
3.3 La Belgique, plaque tournante européenne du segment
L'analyse de la spécialisation révèle que la Belgique dispose d'un avantage comparatif révélé (RCA) de 4,33 et un indice RSca de 0,62, la plaçant loin devant les autres États membres. Elle concentre 36,6 % de la production européenne du segment et représente le 1er exportateur intra-UE (145,0 M€ en 2025), devançant l'Allemagne (104,6 M€) et les Pays-Bas (43,4 M€). L'Allemagne et les Pays-Bas affichent une spécialisation modérée (RCA de 1,02 et 1,15 respectivement), tandis que la France (RCA = 0,87) demeure légèrement déficitaire en termes de compétitivité spécifique.
Les Pays-Bas ont toutefois connu un recul marqué : leurs exportations intra-UE sont passées de 88,9 M€ à 43,4 M€ (−51,2 %), ce qui pourrait refléter une restructuration de la chaîne logistique néerlandaise ou un transfert d'activité vers la Belgique.
Conclusion
Le marché européen des « autres polymères du styrène » (CN 390390) se caractérise sur la période 2015–2025 par une tension entre dynamiques structurelles et chocs conjoncturels. L'UE demeure un exportateur net, mais son avantage s'amenuise : les volumes exportés reculent de 30 %, l'excédent perd un tiers de sa valeur, et la dépendance aux marchés extérieurs s'accroît (propension à exporter passée de 26 % à 75 %). Les reconfigurations géopolitiques — Brexit, sanctions contre la Russie, montée en puissance de la Corée du Sud et de la Chine — ont profondément remodelé les flux. L'année 2022 constitue un point d'inflexion, avec des chocs de prix d'une ampleur exceptionnelle qui ont temporairement gonflé la valeur des échanges sans en améliorer les fondamentaux volumiques. À moyen terme, la compétitivité du secteur européen dépendra de sa capacité à maintenir ses positions face à la concurrence asiatique, dans un contexte de coûts énergétiques structurellement élevés et de fragmentation croissante des chaînes d'approvisionnement mondiales.