Évolution du marché : Acide téréphtalique (CN 291736) — 2015–2025
Introduction
L'acide téréphtalique et ses sels (code NC 291736) constituent une matière première essentielle pour la fabrication de polyéthylène téréphtalate (PET), largement utilisé dans l'emballage alimentaire et les fibres textiles. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE sur ce produit a connu des mutations significatives : une recomposition des partenaires, des épisodes de forte volatilité des prix et une évolution notable de la dépendance extérieure. Ce rapport identifie et analyse les principales dynamiques à l'œuvre, en s'appuyant exclusivement sur les données disponibles.
1. Un déficit commercial structurel en voie de réduction
1.1. L'UE reste un importateur net, mais l'écart se referme
L'Union européenne affiche un déficit commercial structurel sur le PTA. En 2015, les importations atteignaient 471,0 M€ (727 418 t) contre seulement 44,5 M€ (71 280 t) à l'exportation, soit un solde négatif de −426,5 M€. En 2025, le déficit s'est réduit à −396,0 M€, une amélioration de 7,1 %. La dépendance nette aux importations est passée de 20,5 % à 19,5 %, avec des extrêmes allant de −20,2 % (moment où l'UE était devenue exportateur net) à 36,3 %, reflétant une volatilité interannuelle notable.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 471,0 M€ | 501,7 M€ | +6,5 % |
| Importations (volume) | 727 418 t | 767 909 t | +5,6 % |
| Exportations (valeur) | 44,5 M€ | 105,6 M€ | +137,4 % |
| Exportations (volume) | 71 280 t | 168 951 t | +137,0 % |
| Solde commercial | −426,5 M€ | −396,0 M€ | +7,1 % |
| Dépendance nette | 20,5 % | 19,5 % | −4,7 % |
1.2. Des exportations européennes en forte progression
La dynamique la plus marquante de la période est l'essor des exportations. Leur valeur a triplé, passant de 44,5 M€ à 105,6 M€ (+137,4 %), avec une progression identique en volume (+137,0 %). Les prix moyens à l'exportation sont restés quasiment stables (+0,2 %, autour de 624–625 €/t), ce qui indique que la croissance est tirée par des volumes réels et non par un simple effet de prix. En comparaison, les importations n'ont augmenté que de 6,5 % en valeur sur la même période.
1.3. Une production intérieure dynamique, de plus en plus orientée vers le marché domestique
La production européenne de PTA a progressé de 26,5 % en volume (de 2,56 milliards de kg à 3,24 milliards de kg) et de 39,3 % en valeur (de 1,44 milliard € à 2,01 milliards €). Parallèlement, la propension à exporter a chuté de 16,5 % à 8,1 % (−51,1 %), et l'intensité commerciale a diminué de 41,3 % à 30,5 % (−26,1 %). Cela signifie que la production européenne supplémentaire est de plus en plus absorbée par le marché intérieur, réduisant le besoin d'importer tout en freinant la part exportée.
2. Une recomposition géographique profonde des flux commerciaux
2.1. L'Asie de l'Est : de la Corée du Sud à la Chine comme premier fournisseur
La structure des fournisseurs de l'UE s'est profondément reconfigurée. La Corée du Sud, premier fournisseur en 2015 avec 272,3 M€, a vu ses livraisons reculer de 34,6 % pour atteindre 178,0 M€ en 2025. À l'inverse, la Chine a connu une progression spectaculaire : de 27 561 € seulement en 2015 à 37,5 M€ en 2025 (+136 107 %). Le Mexique, troisième fournisseur, a connu une trajectoire plus stable (de 79,4 M€ à 82,8 M€, +4,3 %). Un regroupement non spécifié de « pays et territoires non précisés pour des raisons commerciales ou militaires » a également fortement progressé (+78,0 %), ce qui complique l'analyse géographique.
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Corée du Sud | 272,3 | 178,0 | −34,6 % |
| Pays non spécifiés | 113,8 | 202,6 | +78,0 % |
| Mexique | 79,4 | 82,8 | +4,3 % |
| Chine | 0,03 | 37,5 | +136 107 % |
| États-Unis | 1,2 | 0,01 | −98,8 % |
| Turquie | 3,2 | 0,5 | −84,6 % |
| Canada | 0,01 | 2,4 | +25 776 % |
2.2. La Turquie, débouché dominant des exportations européennes
Côté exportations, la Turquie est devenue le premier débouché de l'UE, avec une croissance de 528,6 % (de 12,0 M€ à 75,5 M€). Le Royaume-Uni, probablement impacté par le Brexit, a connu une hausse de 13 883 % (de 89 051 € à 12,5 M€), traduisant peut-être un réacheminement des flux autrefois intra-UE. En revanche, des marchés historiques ont fortement reculé : l'Égypte (−100 %, de 32,6 M€ à 19 €), la Biélorussie (−89,1 %) et l'Inde, bien que cette dernière affiche une hausse spectaculaire en pourcentage (+921 454 %), partant d'un niveau quasi nul.
| Partenaire export | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Turquie | 12,0 | 75,5 | +528,6 % |
| Royaume-Uni | 0,09 | 12,5 | +13 883 % |
| Biélorussie | 20,9 | 2,3 | −89,1 % |
| Inde | 0,001 | 8,7 | +921 454 % |
| Égypte | 32,6 | 0,00002 | −100 % |
| Arabie saoudite | 0,0001 | 0,0001 | +56,7 % |
| Argentine | 0,001 | 0,005 | +897,9 % |
2.3. Des importations plus diversifiées, des exportations plus concentrées
L'indice de concentration HHI révèle deux tendances opposées. À l'importation, le HHI est passé de 6 308 à 4 467 (−29,2 %), indiquant une diversification des sources d'approvisionnement : l'UE s'est moins appuyée sur un fournisseur dominant (la Corée du Sud) au profit de sources multiples (Chine, Mexique, Canada). À l'exportation, le HHI a augmenté de 3 275 à 5 393 (+64,7 %), signe d'une concentration croissante des débouchés autour de quelques partenaires clés, principalement la Turquie.
Au sein de l'UE, la spécialisation montre que la Belgique (RSCA = 0,71, RCA = 5,88) et la Pologne (RSCA = 0,69, RCA = 5,49) concentrent la majorité des capacités d'exportation et de production. À l'inverse, la France (RSCA = −1,00), la Suède, la Slovénie et la Tchéquie n'ont aucune production ni exportation significative de PTA.
Les États membres les plus actifs à l'importation sont la Lituanie (184,2 M€ → 284,8 M€, +54,7 %), l'Espagne (140,3 M€ → 104,3 M€, −25,7 %) et l'Italie (85,0 M€ → 63,9 M€, −24,9 %). À l'exportation, la Belgique domine mais décline nettement (181,9 M€ → 74,0 M€, −59,3 %), tandis que le Portugal a quasi disparu de l'export (12,1 M€ → 34 711 €, −99,7 %).
3. L'année 2022, un tournant de volatilité et de prix
3.1. Des chocs de prix massifs sur les importations
L'analyse des chocs détectés révèle que l'année 2022 a constitué un point de rupture majeur. Trois chocs de prix ont été identifiés cette année-là :
| Choc | Partenaire | Flux | Anomalie | Hausse de prix | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Mexique | Import | 5,9 | +78,8 % | 27,3 % |
| 2 | Corée du Sud | Import | 4,9 | +67,9 % | 72,7 % |
| 3 | Égypte | Export | 4,5 | +84,8 % | 4,6 % |
Les deux premiers chocs concernent les importations depuis les deux principaux fournisseurs de l'époque, avec des niveaux d'anomalie exceptionnels (5,9 et 4,9 écarts-types). Ils s'inscrivent dans le contexte de la crise énergétique européenne de 2022, liée au conflit russo-ukrainien, qui a entraîné une forte hausse des coûts de production pétrochimiques à l'échelle mondiale, et de la reprise post-COVID qui avait déjà tendu les marchés en amont.
3.2. Une volatilité inégale selon les partenaires
Les coefficients de variation des flux commerciaux varient considérablement selon les partenaires. À l'importation, les fournisseurs les plus stables sont le Mexique (CV = 0,16) et la Corée du Sud (CV = 0,42), tandis que l'Inde (CV = 3,07), Taïwan (CV = 2,52) et les États-Unis (CV = 2,06) présentent la plus forte instabilité. À l'exportation, la Suisse (CV = 0,43) et la Biélorussie (CV = 0,55) sont les destinations les plus régulières, tandis que la Chine (CV = 2,55), l'Arabie saoudite (CV = 1,77) et le Mexique (CV = 1,74) sont les plus volatiles.
Cette hétérogénéité de la volatilité suggère que les flux vers et depuis les partenaires majeurs (Corée, Mexique) sont relativement structurés et récurrents, tandis que les échanges avec des partenaires secondaires ou émergents (Inde, Chine, Taïwan) restent sporadiques et sensibles aux variations conjoncturelles.
3.3. Des prix revenus à la normale après le pic de 2022
Les prix moyens du PTA ont suivi une trajectoire en cloche. À l'importation, le prix moyen est passé d'un minimum de 501 €/t à un maximum de 950 €/t avant de se stabiliser à 653 €/t en 2025 (+0,9 % par rapport à 2015). À l'exportation, les prix ont oscillé entre 436 €/t et 946 €/t, pour revenir à 625 €/t en 2025 (+0,2 %). La convergence des prix d'importation et d'exportation autour de 625–653 €/t en 2025 suggère un retour à l'équilibre après les turbulences de 2021–2022.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen de l'acide téréphtalique a connu trois évolutions majeures. Premièrement, le déficit commercial structurel de l'UE s'est réduit, porté par une multiplication par trois des exportations et une croissance soutenue de la production intérieure (+26,5 % en volume). Deuxièmement, la géographie commerciale s'est profondément reconfigurée : la Corée du Sud a cédé sa place de fournisseur dominant face à la montée de la Chine, tandis que la Turquie est devenue le premier débouché à l'exportation, concentrant davantage les flux sortants. Troisièmement, l'année 2022 a constitué un épisode de forte tension, avec des chocs de prix de +68 % à +85 % sur les deux principaux flux d'importation, avant un retour progressif à des niveaux de prix proches de ceux d'avant-crise. L'UE apparaît ainsi légèrement moins dépendante des importations qu'en 2015, mais toujours structurellement déficitaire, avec un risque de concentration accru sur un nombre limité de débouchés à l'exportation.